LIMENS

Ces photos, ce livre en devenir, sont d’abord la réponse à un appel : aller photographier la Pologne. Un appel qui a donné lieu à 4 ans de voyages, au cours desquels la forme qu’allait prendre cette réponse s’est précisée à chaque fois, sans jamais toutefois se résoudre complètement. 

Ma famille est polonaise, je suis français. Mon expérience là-bas oscille donc entre altérité et étrange familiarité. Je ne m’y sens pas pour autant chez moi. C’est donc naturellement que j’ai été attiré par ces endroits d’entre-deux, que j’appelle lieux de seuil (limen en anglais). Comme un couloir interdit, la mer Baltique gelée, une église cryptique, dans le regard d’inconnus, ou face à ma grand-mère. 

Des lieux qui n’existent comme ça qu’en Pologne, comme des traces d’un passé douloureux, des vides qui viennent signaler une certaine solitude mais aussi une foi, une spiritualité discrète mais omniprésente. Ces seuils, ma photographie ne les traverse pas, elle les laisse exister dans toute leur ambivalence, tout leur potentiel contemplatif, et leur pouvoir de rupture. 

Le mot limen est à l’origine des liminal spaces qui font écho à ces paysages hypnagogiques, profonds et sombres, aux réminiscences floues.